يد واحده ما تصفق

Yedd ouahda ma tsafek
Une main toute seule ne peut pas applaudir

mardi 8 janvier 2008

Une histoire commune en BD (1) : Carnets d'Orient de Ferrandez

Plusieurs dessinateurs de BD se sont intéressés à l'histoire commune de l'Algérie et de la France, le plus souvent parce qu'ils ont un lien affectif ou familial avec l'Algérie. Je voudrais vous parler de deux séries de BD qui m'ont beaucoup plu et qui constituent une approche originale et passionnante de cette histoire. Cette semaine, Carnets d'Orient puis prochainement Azrayen de Lax et Giroud.

Jacques Ferrandez, Carnets d'Orient

Depuis 1987, Jacques Ferrandez, né en Algérie en 1955, a entamé la série Carnets d'Orient (déjà dix épisodes, un dernier annoncé). Le Premier tome, qui a donné son nom à la série avant d'être rebaptisé Djemila, nous conduit sur les traces d'un peintre. Ce peintre, à l'image du Delacroix voyageant au Maroc (remarquable Noces juives au Maroc), est séduit par la lumière du pays et ses femmes..., Djemila en particulier. Si Joseph Constant, ce peintre perçoit la brutalité de la colonisation et s'attache à des personnages tout en nuances loin du racisme et du manichéisme, il s'inscrit bien dans ce courant orientaliste si critiqué par la suite. Mais la vision que Ferrandez a de cet "orient" va évoluer au cours de la série. Dans Le Cimetière des Princesses (tome 5, illustration ci-contre), une étudiante des Beaux-Arts ayant retrouvé les Carnets du peintre se lance dans une expédition sur ces traces et retrouve cet aveu du peintre qui peut aussi sonner comme un aveu de Ferrandez lui-même (qu'il me pardonne si je me trompe...) : "Je vais revenir à Alger vivre enfin une vie débarassée des imaginations orientales."
La série, après avoir couvert la période de la colonisation, suit ses personages aux prises avec la Guerre d'Algérie.

Ferrandez marie habilement les itinéraires personnels de ces personnages et de leur famille sur plusieurs générations et l'histoire des relations compliquées entre l'Algérie et la France. Il intercale des coupures de journaux, des affiches, des photos, des tracts pour donner de l'épaisseur historique à son récit. Les dillemmes auxquels les personnages sont confrontés nous font percevoir la difficulté à penser simplement alors que le monde change et que l'histoire oblige chacun à faire des choix, qu'il le veuille ou non. L'histoire d'amour impossible entre une jeune algérienne et un officier français est ainsi une métaphore de l'impasse dans laquelle se trouve la France en Algérie.

Je vous propose de visionner cet entretien avec l'auteur de la BD, Jacques Ferrandez, réalisé à Blois le 21 octobre 2007. Dans le premier (rassurez-vous, au bout d'un moment, la caméra se redresse...), il nous explique pourquoi il écrit et dessine sur l'Algérie, puis, dans le deuxième, comment il travaille. Merci à lui pour le temps qu'il nous a accordé.





Sur le site des éditions Casterman, la présentation de la série et Jacques Ferrandez qui répond à quelques questions.

Comment son travail est-il perçu en Algérie ?
Le quotidien El Watan en fait le bédéiste de l'année 2007 pour la parution du dernier tome. Jacques Ferrandez nous a cependant fait remarquer que le prix élevé des BD ne permettait pas à la plupart des Algériens de se les procurer. Mais il nous a dit n'avoir reçu aucun commentaire négatif de la part des Algériens.



Les 4 premiers tomes sont déjà au CDI du Lycée Malraux, les suivants sont commandés.